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Le débat télévisé de l’entre-deux tours nous l’a confirmé : nous sommes dans de beaux draps. Si certaines convergences avaient pu se dégager avec tel ou tel candidat dans la campagne présidentielle, nombreux sont celles et ceux parmi les citoyens qui n’ont pourtant pas eu de véritable « poulain » à soutenir. Mais aujourd’hui, la situation est claire : nous sommes face à deux catastrophes. Il va évidemment falloir les affronter, mais l’une après l’autre. Premier acte, ce dimanche, contre Marine Le Pen. Deuxième acte, les 11 et 18 juin, lors des élections législatives.

 

Les deux partis de droite et de gauche dites "gouvernementales" avaient pourtant fait ce qu'ils avaient pu pour tenter de verrouiller le système en leur faveur, avec notamment la mise en place de « primaires » à l’américaine (le PS en avait été le précurseur en 2012), dont l'objectif est clairement d'occuper l'espace médiatique durant plusieurs mois (mission accomplie pour le coup, mais avec déjà le coup de pied au derrière pour les favoris Juppé, Sarkozy et Valls) . Ces primaires ont de fait tourné au fiasco : affaires à rebondissement et décrédibilisation de François Fillon d’un côté, trahison de Manuel Valls puis effondrement de Benoît Hamon de l'autre. Avec, au final, la disparition des deux grands partis LR et PS du second tour de la présidentielle. Il nous faudra sans doute encore beaucoup de temps pour saisir la portée de ce camouflet historique, dans la droite ligne de la colère qui rumine depuis de nombreuses années en France. La recomposition du paysage politique a commencé, juste commencé, et c'est sans doute une bonne nouvelle.

 

Deuxième verrou, le vote, en avril 2016, par une majorité absolue de députés LR et PS réunis, de la forte réduction de l'égalité de temps de parole, après la validation des 500 signatures, au profit d’une supposée équité, réalisée au doigt mouillé, et pire encore, fondée sur les sondages du moment (c’est le serpent qui se mord la queue, la prime au plus fort qui, on le sait, n’est pas forcément le plus malin).

 

Pour tenter de survivre à la colère populaire qui monte (le vote bafoué de 2005 n'a pas été oublié contrairement à ce que chantaient ceux qui prenaient le peuple pour un poisson rouge sans mémoire), la candidature d’Emmanuel Macron ressemble fortement à une tentative de construire une grande coalition au centre, réunissant des hommes de droite et de gauche partageant la même vision ultralibérale, ou peu s’en faut. En ce sens, cette candidature a au moins le mérite de montrer que la porosité entre la droite et la gauche libérale-libertaire est maintenant assumé. Nous pouvons le voir positivement comme un début de clarification du débat.

 

Sa victoire au premier tour a justement permis de porter l'estocade aux deux principaux partis qui nous ont entraînés dans la spirale du déclin. Mais elle a aussi permis de coller une gifle à Marine Le Pen qui pérorait bien trop sur les antennes, sûre qu'elle était d'incarner l'alternative. La première place au premier tour lui semblait assurée, et elle ne s'est placée qu'à la seconde, malgré l'effritement de François Fillon, au fur et à mesure de son chemin de croix, et entamée à sa base par la campagne innovante de Jean-Luc Mélenchon (qui selon toute apparence tiendra cette ligne de bataille, estimant que cela lui donnera sans doute davantage de crédibilité pour l’avenir).

 

Marine Le Pen n'a que bien peu de chance de passer le second tour, ou plutôt pas du tout. Elle est la vieille rivale tant attendue, tant espérée. Pour s’en convaincre, il suffit de constater (certes avec effarement) l’arrogante attitude du candidat Macron le soir du premier tour, avec notamment ses V de la victoire, son discours creux de remerciements et son repas de fête à la Rotonde (qui n’est certes pas le Fouquet’s, mais tout de même, les Français n’ont pas eu le coeur joyeux durant ces élections).

 

Dans la foulée, l’inéluctable concert des antiques casseroles du FN a battu son plein, dans une quasi unanimité des médias et des représentants de la classe politique. La reductio ad Hitlerum du débat a même atteint des niveaux inattendus, s’appuyant sur l'histoire trouble du FN, ses réseaux et ses accointances. Du pain bénit pour n’importe quel autre candidat. Preuve, pour ceux qui en douteraient encore (et il est important de convaincre les électeurs de Marine Le Pen) que le FN ne peut pas être une solution, quelles que soient ses métamorphoses. Voter pour sa candidate est une impasse stérile qui renforce ceux-là mêmes dont on souhaiterait se débarrasser.

 

En mars 2002, vers la fin de la campagne présidentielle, Jacques Chirac et son premier ministre Lionel Jospin, qui se faisaient face, avaient signé comme un seul homme l'accord européen de Barcelone qui planifiait, entre autres, l'ouverture totale des marchés du gaz et de l'électricité. « Pour ce qui est, entre autres, de l’âge de la retraite, des fonds de pension, de la libéralisation des services publics, de la politique salariale et de la flexibilité du travail, inutile de perdre son temps à lire les programmes ou professions de foi des candidats : tout a déjà été décidé. Où ? A Paris, au Parlement ou au gouvernement ? Non, à Barcelone lors du sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne (UE), les 15 et 16 mars dernier [2002]. Le véritable programme commun à M. Jacques Chirac et à M. Lionel Jospin pour les années à venir figure dans le document intitulé Conclusions de la présidence, Conseil européen de Barcelone, et qui, en bonne logique démocratique, devrait faire partie des documents adressés à tous les électeurs » (Bernard Cassen, Le Monde diplomatique, avril 2002).

 

Deux ans plus tôt, lors du sommet de Lisbonne en l’an 2000, les dirigeants européens avaient annoncé vouloir faire de l'Union européenne la zone économique "la plus compétitive du monde" d'ici 2010. On connaît la suite, avec la bobine de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, pulvérisé par le score bananier de Jacques Chirac, puis la mise en œuvre des mêmes politiques, sur les mêmes rails, et ce malgré le nouveau coup de semonce du vote (ensuite bafoué) de 2005 contre le Traité constitutionnel européen qui prétendait inscrire ces orientations politiques dans le marbre d’un texte supranational.

 

Une nouvelle fois, un Le Pen au second tour de l’élection présidentielle va servir à la même chose : une prime au bandit pour celui qui lui fait face et qui pourra poursuivre les mêmes politiques qui nous ont menés là où nous sommes.

 

 

Alors certes, Marine Le Pen a transformé le parti de papa, elle lui a donné davantage de respectabilité sur la place publique, elle a renié publiquement beaucoup des travers paternels (on se souvient de la mise en scène de la rupture entre les deux). Elle a d’ailleurs absorbé dans son discours tout ce qui a un moment ou à un autre était lâché par les principaux partis installés (en salissant d’ailleurs un certain nombre de ces idées qui ne le méritaient pas et qu’il faudrait réinscrire dans leur glorieuse histoire). Ce qui lui a permis d’élargir progressivement sa base électorale et d’apparaître davantage comme une candidate « normalisée », un recours pour les déclassés.

 

Le débat de l’entre-deux tours vient de nous rappeler que le chemin qu’il resterait à faire ne le sera jamais, malgré l'appui de tous les Dupont-Aignan imaginables (cet ex-futur premier ministre qui vient de signer son acte de décès politique en reniant ce qu'il avait lui-même dit, dans l’espoir bien maigrichon d'un poste à responsabilité).

 

Face à ce que représente le FN, la raison n'est pas atteignable. Et c'est sans doute tant mieux. Car cela signifie au moins que les Français rejetteront toujours radicalement ce qui leur apparaîtrait comme relevant de la pensée ou des méthodes fascistes.

 

Imaginons un instant que Marine Le Pen devienne une fervente républicaine avec un programme sincèrement laïque, démocratique et social (pure hypothèse). Même dans ce cas-là, elle continuerait de se faire « atomiser » par une campagne profondément passionnelle. Le FN, on le voit ces derniers jours, ne peut être qu’une source de discorde sociale, si ce n’est de guerre civile. Ce n’est pas ce qu’il faut pour notre pays.

 

Nous devons permettre à une autre et nouvelle force politique, véritablement républicaine, et sans ambiguïté, de reconquérir cette place d'opposant principal face à Emmanuel Macron et ce qu'il représente. Mais pour cela il faut commencer par faire place nette. Un adversaire après l'autre. Un combat après l'autre. Pour le moment, c'est Marine Le Pen qu’il faut disqualifier.

 

De même que sa deuxième place a été symboliquement un camouflet, nous devons faire en sorte que son score soit le plus faible possible. Or l'abstention ou le vote blanc ou nul fera l'inverse, aidant Marine Le Pen à se crédibiliser pour 2022 auprès de l'électorat populaire qui est sa cible ("elle n'était pas passé loin la dernière fois", dira-t-on). Alors qu'un score « à la papa » la discréditerait davantage pour la prochaine présidentielle ("vous voyez, les gens, même face à un boulevard, elle se prend une peignée électorale... c'est la meilleure alliée des personnes dont vous voulez qu'elles soient remplacées"). On n'ose pas espérer le 82/18 % de 2002, alors même que le candidat Chirac traînait sur son front les étiquettes de supermenteur et d’escroc. Mais un 65/35% sera symboliquement bien meilleur qu’un 51/49%. Que Macron ait 50 ou 70 % des suffrages exprimés, cela ne changera rien au culot qu’il aura, lorsqu’il aura remporté cette élection, de faire croire que les votes en sa faveur ont été des votes d’adhésion. Cela ne changera rien à sa ligne politique. En revanche, un grand ou un petit score de Marine Le Pen pourra ou bien renforcer ou bien affaiblir son image de « recours » dans l’avenir. Et c’est bien à l’avenir qu’il faut songer, alors que la présidentielle est déjà quasiment pliée.

 

Au-delà de notre sentiment individuel, il s'agit de faire valoir une argumentation rationnelle. Un vote de second tour ne peut que rarement être un vote d'adhésion et de coeur.

 

Je reconnais toutefois avoir hésité avec le vote blanc (« on s’est fait avoir en 2002, et pour quel résultat ? », « Comment choisir entre la peste et le choléra ? », etc). Mais les chiffres qui resteront dans les esprits et dans l’histoire seront les pourcentages des suffrages exprimés obtenus par les deux candidats du second tour.

 

Bien qu’il soit globalement grandissant ces dernières décennies, le taux d'abstention n'a jamais pesé sur quoi que ce soit. Le vote nul ou blanc encore moins puisque leurs pourcentages disparaissent immédiatement des écrans, c’est à peine si on les voit passer.

 

Concernant cet autre candidat, celui qui est déjà président dans sa tête depuis les résultats du premier tour, il faudra commencer à s'en occuper dès les élections législatives des 11 et 18 juin afin qu'il soit obligé de modérer ses ardeurs avec, pourquoi pas, un gouvernement de cohabitation (NB : dans un tel cas de figure on serait d'ailleurs loin de la monarchie présidentielle critiquée par Jean-Luc Mélenchon).

 

Les temps sont troublés. Nos pensées aussi. L’incertitude n’a jamais été aussi présente dans les esprits. Il nous faut donc rester à l’écoute de tous les arguments, de toutes les positions qui se fondent en raison, en refusant la violence, la trahison et le mensonge.

 

Républicainement vôtre,

Mathieu Lavarenne

Président du CR68

Tag(s) : #Présidentielle 2017, #politique

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