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La surenchère régionaliste en Alsace


Questions posées par le Cercle républicain Alsace-Rhin-Superieur.gif

« Nous sortons des compétences techniques de la région à proprement parler pour aborder un plan plus général, sans doute plus fondamental, dans lequel il y a beaucoup de non-dits dans les programmes. C’est celui de la vision sur le long terme de l’entité région.

En tant qu’observateurs de la vie politique alsacienne depuis des années, nous ne pouvons que constater actuellement, au sein de la plupart des partis, une sorte de surenchère au « régionalisme », notion un peu fourre-tout que nous souhaiterions clarifier ce soir.

Quelques exemples, non exhaustifs, pour être concret :

- Jacques Bigot, pour le PS, défend un « régionalisme de progrès » prenant acte de « la compétition des territoires » dans laquelle « les régions fortes seront, plus que d’autres, en mesure de proposer un nouveau modèle de développement ». Nous aimerions comprendre exactement ce qui est entendu ou sous-entendu.

- Le Modem, qui se réjouit de la réforme territoriale impulsée par l’UMP, s’est récemment présenté comme « le parti le plus régionaliste », défendant l’idée d’un « Parlement régional, avec capacités législatives », en matière économique, éducative, etc. Là aussi, qu’on nous en dise plus.

- Enfin l’alliance d’Europe Ecologie, qui défend aussi l’idée d’un Parlement d’Alsace, avec le parti régionaliste Unser Land pose question, même si l’accord vient d’être dénoncé par Europe Ecologie à cause de propos trop extrémistes tenus par ce parti. Il est toutefois notable que les Verts pratiquent depuis longtemps des alliances régionalistes, particulièrement à l’échelle européenne avec l’Alliance Libre Européenne (www.e-f-a.org). Sur le plan national, la Fédération Régions et Peuples solidaires (www.r-p-s.info), qui regroupe les principaux partis autonomistes de France et affirme défendre les « nations sans Etat, comme l’Alsace », est précisément un des composants constitutifs d’Europe Ecologie. François Alfonsi, membre du Parti de la Nation Corse (www.p-n-c.eu), élu député européen en deuxième position sur la liste Europe Ecologie du Sud-est, est venu ici, il y a un mois, à Ingersheim, dans le cadre de la campagne d’Europe Ecologie, défendre cette approche du régionalisme. Il est d’ailleurs facile de trouver sur le site internet de la Fédération Régions et Peuples Solidaires, une étonnante carte démembrant la France en multiples morceaux selon des critères ethniques et linguistiques.

 

Europe-des-regions-ethniques.jpgEn tant que républicains, nous souhaitons que les positions des uns et des autres soient claires à ce sujet, y compris ceux dont nous ne connaissons pas l’analyse.

- Que veut-on ? Une région Alsace autonome avec ses lois, son financement propre ? Est-ce un projet souhaitable que de renoncer à une Alsace appartenant à la France une et indivisible ? »

 


Synthèse des réponses

  Selon Jacques Bigot (PS), le slogan « Liberté Egalité Fraternité » ne signifie pas être jacobin et l’on peut être « régionaliste et républicain ». D’après lui, les Régions doivent être fortes, particulièrement dans l’aménagement du territoire. Il ajoute que l’Europe s’est construite sur l’amitié franco-allemande et que l’Alsace appartient à la Région du Rhin Supérieur. « A terme nous souhaitons une disparition de la frontière », a-t-il encore indiqué. Et de défendre un régionalisme ouvert, fondé sur l’identité alsacienne.

  Patrick Binder (FN) se déclare « favorable au droit local, ainsi qu’au concordat, bafoué depuis 2004, puisque presque tous les élus ont opté pour le financement public des mosquées dans notre région ». Il se dit défenseur de la culture et de l’identité alsaciennes, et membre du « Front national alsacien ».

  Jean-Yves Causer (Alsace à Gauche) s’est prononcé en faveur d’une Alsace multiculturelle et ouverte sur le monde.

  De son côté, Jacques Cordonnier (Alsace d’Abord) a répété qu’il était « indispensable que la Région et les deux Départements fusionnent en une seule collectivité ».

  Pour Jean-Pierre Frick (Alsace et Décroissance), penser l’Alsace sur le long terme, c’est abord « arrêter la centrale nucléaire de Fessenheim ».

  Arlette Grosskost (UMP) a insisté sur sa fierté d’être française mais aussi alsacienne. Elle a insisté sur « la nécessité de l’ouverture transfrontalière ».

  Djamila Sonzogni (Europe Ecologie) s’est présentée comme « une citoyenne du monde, mais avant tout une citoyenne européenne ». Elle souhaite « une région qui gouverne, qui décide des politiques et qui ne soit pas simplement un guichet ». Elle a encore préconisé « la généralisation du bilinguisme », mais aussi la possibilité d’apprendre l’arabe ou encore le turc à l’école, pour respecter les origines des élèves.

  Pour Philippe Soucier (LO), Mulhouse est une ville multiculturelle et cosmopolite. Il considère qu’aujourd’hui « les Etats sont dépassés » et regrette que, « si l’Union européenne avait pour objectif de faire concurrence aux USA, certains en sont encore aux Régions… ».

  O. Uhlrich-Mallet (Modem) annonce être pour « la simplification des institutions alsaciennes, mais contre les modalités de la réforme territoriale ». Se référant à Adrien Zeller, « régionaliste et décentralisateur », elle souhaite une « Région sans frontière ». « Nous souhaitons travailler avec le Rhin supérieur, et bénéficier du même niveau d’initiative que la Corse ».

 

Commentaire du Cercle républicain 68

1/ Commençons par un fait. Depuis 2005, la fameuse DATAR (Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale), mise sur pied en 1963, a été remplacée par la DIACT (Délégation Interministérielle à l'Aménagement et à la Compétitivité des Territoires). La nuance symbolique est de taille : la France considérée comme un tout à aménager tend à devenir une simple collection de Régions, en compétition les unes avec les autres. Et force est de constater qu’il n’y a plus aujourd’hui de véritable politique, cohérente et volontaire, à l’échelon national, dans les domaines de l’industrie, des transports, de l’agriculture, des services publics, etc. Bien au contraire, les effets induits des récentes réformes sont plutôt une lente désertification des territoires ruraux : fermetures de tribunaux, de sous-préfectures, d’entreprises, de bureaux de Poste, ONF, DDE, etc.

2/ Le parti régionaliste Alsace d’Abord considère ouvertement que l’Alsace doit se tourner vers le Rhin Supérieur bien plus que vers le plateau lorrain, c’est-à-dire vers la France. Une telle visée, si elle devait se concrétiser, ne pourrait avoir que de profondes répercussions sur la notion de citoyenneté française et sur les principes de la République qui nous réunissent comme membres d’un même corps politique – le Peuple français – quelles que soient nos origines et nos opinions. Que deviendront ceux qui ne pourront répondre aux critères de la nouvelle alsacitude ? Seront-ils considérés chez eux comme des étrangers ?

Mais le plus inquiétant en la matière n’est pas qu’un petit parti régionaliste fasse du régionalisme. C’est que le doux rêve d’abolir les frontières, pas uniquement économiques mais aussi politiques, au sein d’une grande Région du Rhin Supérieur, entre autre par le biais des Eurodistricts, semble partagée par la plupart des grands partis, sans que l’on sache véritablement à quoi peuvent nous mener ces tentations identitaires. Nous regrettons que les Institutions de la République, si nécessaires mais si fragiles, et dont la qualité conditionne tout le reste, soient devenues les vulgaires éléments d’un jeu de meccano, manipulé par des apprentis sorciers de la politique, sans même que le peuple soit informé des évolutions pourtant « révolutionnaires », au sens d’un profond bouleversement qui se cache derrière les apparences de la réforme.

Nous notons aussi que si le parti socialiste rechigne à parler, pour des raisons dont certaines sont défendables, d’identité nationale, la question ne semble pas se poser dès lors qu’il s’agit d’identité alsacienne. Qu’est-ce à dire ? Pourtant, être français, cela répond à un certain nombre de critères, de droits et de devoirs, s’inscrivant dans un cadre juridique clair, nommé code de la nationalité. Et le débat n’avait pas forcément lieu d’être. Nous retournons donc la question : qu’est-ce qu’être Alsacien ?

Quant à la citoyenneté européenne, qu’on le regrette ou non, c’est tout au plus un sentiment d’appartenance accompagné de quelques droits conférés par le traité de Maastricht, sans aucun devoir correspondant, mais certainement pas un statut juridique consistant. On peut vouloir davantage, on peut l’espérer, néanmoins il convient d’être précis avec les concepts du droit, sinon c’est  le droit qui est en danger.

  Quoiqu’il en soit, nous estimons ne pas vraiment avoir eu de réponse satisfaisante sur cette thématique, tout au plus quelques slogans, des réponses ambiguës, ou d’autres réponses encore à des questions qui n’ont pas été posées. Nos inquiétudes subsistent entières.

  La République française est une construction politique éminemment originale et précieuse, mais aussi extrêmement délicate. Et lorsque l’Etat faiblit, c’est-à-dire quand il ne répond plus aux aspirations des citoyens, quand il renonce à la spécificité de l’expérience historique qui est la sienne, en voulant, bon an mal an, appliquer au pays un modèle qui ne lui correspond pas, alors l’esprit féodal se sent pousser des ailes, les institutions s’effritent, le pacte social s’érode, et c’est tout l’édifice qui tremble. Rien n’est perdu, mais il est temps d’ouvrir les yeux sur les enjeux profonds d’une époque où l’on a malheureusement souvent l’impression que tout est vain.

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